Affaire Tariq Ramadan : le spectre de l’extrême-droite

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Alors que le Front national est resté à l’écart de l’affaire Tariq Ramadan, ses idées se sont retrouvées défendues sur le fond par les détracteurs de l’accusé et par les propres soutiens des plaignantes. Deux de ces dernières, Henda Ayari et « Christelle », relayent elles-mêmes un argumentaire similaire à celui de l’extrême-droite dont elles ont côtoyé certains milieux ou en ont fait partie. L’affaire renvoie à un basculement politique perceptible depuis des années, auquel la presse a participé ici en observant une même ligne éditoriale à la fois sélective et orientée.


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Depuis le début de l’affaire Tariq Ramadan, en octobre 2017, la majeure partie de la presse a systématiquement refusé de se pencher sur le profil des plaignantes et a longtemps procédé à un traitement médiatique unilatéralement à charge contre l’accusé. Une plus grande prudence semble avoir été observée depuis le mois d’avril, lorsque la ligne des parties civiles a révélé un certain nombre d’incohérences et de contradictions, puis donné lieu à des voltefaces spectaculaires, et que la troisième plainte n’a pas été suivie d’une nouvelle mise en examen. Pourtant, très majoritairement, la presse a continué d’alimenter les digressions autour de Tariq Ramadan, sur fond d’attaques personnelles ou politiques, sans aucun lien avec l’affaire et sans que l’intéressé, placé en détention provisoire, ne puisse y répondre.

Depuis dix mois, les détracteurs de Tariq Ramadan se sont ainsi vu offrir un large boulevard médiatique pour accabler l’accusé, avec la complaisance, sinon parfois la complicité, de journalistes et de rédactions. L’effet est désastreux, puisque sur la base d’une affaire judiciaire à l’issue très incertaine, on assiste à un procès politique et médiatique qui s’est progressivement décomplexé. À défaut de crimes de viols qui n’ont toujours pas été démontrés et tardent à l’être, on en vient à présenter des aveux d’adultère comme la preuve de la supercherie d’un intellectuel et de son « double discours », avec cette impression elle aussi désastreuse de vouloir le disqualifier auprès de son auditoire musulman. S’il devait s’agir là du résultat escompté ou même d’un simple lot de consolation, il faudra alors que la presse réponde de sa déontologie et les détracteurs de Tariq Ramadan de la nature de leurs motivations.

Encore faut-il rappeler qu’il s’agit d’une affaire en cours au sujet de laquelle seule la justice a la compétence de se prononcer sur le fond. Si, dans le débat public, l’accusé, présumé innocent, a souvent été préjugé coupable, il n’est pas question ici d’adopter la posture inverse et d’entériner par principe que les plaignantes ont menti au sujet du viol qu’elles affirment avoir subi. En revanche, il s’agit très clairement d’évoquer les pistes que la presse a systématiquement refusé d’étudier lorsqu’elles se présentaient à elle et d’exposer l’instrumentalisation politique dont l’affaire a fait l’objet, y compris lorsque cela s’est produit de manière indirecte.

La gauche laïciste en première ligne, le Front national en embuscade

Ainsi, la presse aurait du observer dès le début qu’une large partie de l’extrême-droite – le Front national notamment (désormais Rassemblement national) – n’a pas exploité l’affaire et se tient prudemment à distance, et qu’une autre partie – Egalité & Réconciliation ou encore Riposte laïque – est soit concernée par le dossier, soit très active dans la campagne de dénigrement menée contre l’accusé.

Comment, par quelle forme d’aveuglement ou de déni, la presse n’ a-t-elle pas relevé que le Front national restait ainsi en retrait d’une affaire qui constituait pour lui l’opportunité de confondre une figure « islamiste » emblématique de l’UOIF (Union des Organisations Islamiques de France, désormais Les Musulmans de France) décriée depuis tant d’années par le FN et ses alliés identitaires ?

  • Le silence éloquent du Front national

Il s’avère que ni le Front national (Marine Le Pen), ni les Identitaires, ni Debout la France (Nicolas Dupont-Aignan), ne se sont prononcés publiquement sur cette affaire ou du moins n’ont jugé utile de s’y attarder. Et pour cause : le Front national est très certainement conscient que deux anciens proches du parti – Alain Soral, qui a été membre du comité central, et probablement Nouari Khiari – retrouvent leur nom cité dans le dossier et que la moindre vague pourrait s’avérer préjudiciable. Le Front national, de même que Debout la France, savent probablement aussi que la seconde plaignante – « Christelle » – a eu un engagement potentiellement compromettant pour eux ces dernières années, en ayant été candidate sur une liste de Debout la République lors des législatives de 2012 et en ayant participé, avec beaucoup de confusion, au soutien de Marine Le Pen lors des présidentielles de 2017. Ce que la presse a globalement pris soin de ne pas relater, selon des choix éditoriaux bien sélectifs.

Tout cela ne fait pas du Front national l’acteur privilégié d’un éventuel « complot » contre Tariq Ramadan, mais peut-être, de par ses propres sources, un protagoniste conscient que le dossier judiciaire pourrait être vide et qu’il n’y aurait dans cette affaire que des coups à prendre. C’est probablement aussi la raison pour laquelle le FN laisse les détracteurs les plus en vue de Tariq Ramadan aller seuls au charbon faire le « sale boulot ». Une fois que la gauche laïciste, les néo-conservateurs de droite, les « intellectuels communautaires » (comme les qualifiait Tariq Ramadan en guise de réponse à la même attaque formulée contre lui, ce qui lui valut d’être taxé d’antisémite) ou encore les « néo-réactionnaires » (selon les termes du politologue Daniel Lindenberg), se seront discrédités en se cassant les dents sur ce dossier, alors le FN pourra se présenter comme étranger à toute cette cacophonie et capter l’attention d’une opinion chauffée à blanc. Plus encore, sur le plan des idées, le FN a déjà gagné, puisque sans même avoir eu à se mêler de l’affaire, ce sont les siennes qui sont défendues à travers le procès politique mené contre l’accusé : islamisation de la société, péril islamiste, ambivalences des communautés musulmanes, violence inhérente à l’islam, etc. C’est là le fruit d’années d’efforts et de patience, que l’effondrement des frontières intellectuelles entre une partie de la gauche et de la droite avec l’extrême-droite a fini par couronner de succès.

  • L’extrême-droite : un paramètre encombrant

Un autre rôle éventuel du Front national relèverait à ce jour de la spéculation, et rien, dans les éléments connus jusqu’à présent du dossier, ne permettrait de l’accréditer. L’idée d’un « complot », telle qu’amenée dans un premier temps par des partisans de Tariq Ramadan, relayée ensuite par celles et ceux plus enclins encore au conspiratonnisme, et caricaturée surtout par une large partie de la presse peu soucieuse elle aussi de remettre en cause ses propres certitudes, n’est pas à considérer ici au sens propre. Ainsi, l’instrumentalisation de l’affaire, son traitement médiatique, certains éléments révélés dans le dossier judiciaire, font apparaître l’ombre et l’opportunisme des adversaires de Tariq Ramadan. Tous ont cherché, dans un passé récent ou lointain, à le faire tomber d’une manière ou d’une autre et ont saisi l’opportunité de l’affaire en cours pour espérer enfin y parvenir – plusieurs d’entre eux se trouvant cités dans le dossier. Un opportunisme tellement chaotique, des tentatives passées si hasardeuses, qu’il serait bien difficile de savoir qui, parmi les adversaires de Tariq Ramadan, a cherché à manipuler qui, d’autant que la personnalité et les motivations des plaignantes semblent elles-mêmes bien insaisissables.

Certes, tout cela n’enlèvera pas, le cas échéant, l’éventuelle emprise exercée par Tariq Ramadan sur des femmes avec lesquelles il aurait eu des relations adultères, ni même éventuellement les méthodes d’intimidation qu’il aurait employées pour échapper à chaque fois au scandale – dés l’instant où la justice le démontrera. D’ici là, il faudra bien que la presse relativise aussi ces accusations, dès lors que, par exemple, Mediapart, parmi d’autres, s’est appuyé sur les témoignages émanant de plusieurs des détracteurs de Tariq Ramadan – Caroline Fourest, Ian Hamel ou, de manière plus contestable encore, Lucia Canovi -, tout en écartant par ailleurs les témoignages d’autres de ses rivaux ou adversaires : Alain Soral et Salim Laïbi – eux issus ou proches de l’extrême-droite. Comme si reconnaître le moindre lien avec l’extrême-droite devait compromettre, aux yeux de cette même presse, les espoirs placés dans l’affaire ou bien participer à discréditer la parole des plaignantes sur laquelle tout repose.

« Complot sioniste » vs « complot islamiste »

L’affaire commence le 20 octobre 2017, lorsque Henda Ayari, qui se présente elle-même comme « militante féministe » et « ancienne salafiste », dévoile l’identité de celui qui l’aurait agressée sexuellement, comme elle le relate dans son livre « J’ai choisi d’être libre », et qu’elle désignait alors sous le pseudonyme de « Zoubeyr ». L’homme qu’elle désigne désormais ouvertement est Tariq Ramadan : elle annonce le jour même le dépôt de sa plainte contre lui. Cette plainte, ainsi que les deux autres qui suivront, vont devenir le front de bataille idéologique entre plusieurs camps intellectuels, révélant les obsessions sionistes des uns et les lubies islamistes des autres, chaque camp étant plus enclin à dénoncer soit l’islamophobie rampante au sein de la société, soit un renouveau antisémite qui émanerait d’une partie seulement de la population.

  • Par delà l’obsession sioniste des pro-Ramadan

À l’annonce de la première plainte, la réaction des partisans de Tariq Ramadan ne se fait pas attendre, puisque seulement trois jours après, l’Union française des consommateurs musulmans (UFCM) publie une capture d’écran supposée révéler la collusion d’Henda Ayari avec le média d’extrême-droite Europe-Israël, et par là même l’ombre du « sionisme international » (une publication que Tariq Ramadan partagera brièvement sur sa page Facebook, avant de l’effacer). Henda Ayari serait ainsi supposée aider Europe-Israël en lui reversant 5% de la vente du livre. L’auteure, l’éditeur Flammarion, ainsi que Europe-Israël démentent ces accusations, le site pro-israélien invoquant un partenariat commercial avec la plateforme Amazon et une commission sur les ventes qu’il générerait lui-même – ce qui, après avoir été démontré, est avéré. Il n’en faut pas moins pour que la presse évoque une « fake news », quitte à la grossir à son tour : Libération affirmant que l’UFCM mentionnait un prélèvement sur les droits d’auteur, tandis que d’autres observateurs qualifiaient la capture d’écran de « faux ».

Si l’erreur d’interprétation de l’UFCM est manifeste, le même constat est à faire du côté de la presse. Ainsi Europe-Israël ne faisait aucune mention sur son site du partenariat avec Amazon et a même supprimé durant plusieurs jours celle fidèlement restituée par la capture d’écran de l’UFCM, qui n’était donc pas un faux : « En achetant le livre de Henda AYARI J’ai Choisi d’Être Libre vous aiderez Europe Israël qui recevra une commission de 5% ». La polémique suscitée a occulté le fait qu’il s’agissait bien d’une promotion éditoriale, doublée d’une incitation à financer Europe-Israël, que les administrateurs du site n’ont manifestement pas assumée dès lors où ils ont choisi d’en dissimuler la mention. Pourquoi la presse ne l’a-t-elle pas relevé, préférant ici accabler l’UFCM ? Et pourquoi Henda Ayari ne s’est-elle pas émue qu’un site d’extrême-droite, fut-il sioniste ou non, communique ainsi sur son ouvrage ?

Cet incident, anodin de prime abord, a servi de prétexte à la presse pour caricaturer la défense de Tariq Ramadan autour de l’idée d’un « complot sioniste ». Certes, les partisans de l’intellectuel ont eux-mêmes donné le bâton pour se faire battre – certains croyant même littéralement à la thèse avancée -, et le flot d’injures et de menaces, de nature antisémite et misogyne, proférées à l’encontre de la plaignante par des internautes excédés ou des trolls fanatisés, a achevé de dresser un tableau calamiteux. Pourtant, cela ne doit pas faire oublier que l’expression de la haine, sur internet et les réseaux sociaux, s’est également dirigée contre Tariq Ramadan – et sous une autre forme encore à travers les médias – et que la caricature d’un « complot sioniste » est devenue depuis lors un prétexte commode pour refuser d’entendre les arguments avancés par les partisans de l’accusé.

  • La propre obsession islamiste des anti-Ramadan

Au-delà de la caricature, l’idée avancée par l’UFCM comme quoi Henda Ayari serait soutenue par « les milieux sionistes et l’extrême-droite » et serait une « militante anti-islam » est pourtant loin d’être conspirationniste. C’est ce qui a transparu au fil des mois depuis le commencement de l’affaire, à travers son traitement médiatique, son instrumentalisation politique, des éléments issus du dossier judiciaire et les propres choix de communication de la plaignante ou encore ceux de ses soutiens. Il n’y a d’ailleurs rien de surprenant en cela, puisque les questions d’Israël et de la Palestine, du sionisme et de l’antisionisme, de l’islamophobie et de l’antisémitisme, sont des thèmes que vient cristalliser la personnalité de Tariq Ramadan, de par les propres positionnements de ce dernier et les griefs formulés à son encontre. Plus encore, ce sont les mêmes thèmes qui, depuis vingt ans, viennent enflammer le débat intellectuel et politique en France, jusque dans les milieux de la presse et le tissu associatif, faisant littéralement exploser les clivages politiques et rapprochant sur le plan des idées une partie de la gauche et de la droite avec l’extrême-droite. Cette dernière n’est d’ailleurs pas épargnée par ces tensions, puisqu’elle voit s’affronter en son sein deux courants : l’un antisioniste et antisémite, l’autre opportunément pro-sioniste et prioritairement islamophobe.

La politisation de l’affaire commence plus certainement avec la première plaignante, Henda Ayari, qui, dès ses premières interventions médiatiques, le 30 octobre 2017, déborde le cadre du crime de viol pour lequel elle a porté plainte et axe sa communication sur un argumentaire qu’elle impute à Tariq Ramadan : « soit vous êtes voilée, soit vous êtes violée ». L’on s’éloigne subitement des campagnes « Mee Too » et « Balance ton porc » qui l’auraient, selon elle, poussée à porter plainte, et l’on s’éloigne tout aussi subitement de la réserve et de la prudence qu’exigeait une affaire judiciaire aussi exposée sur le plan politique et médiatique. La presse s’engouffre aussitôt dans la brèche, la référence au voile réveillant fatalement toutes les polémiques liées à l’islam au sujet duquel rien ne sera épargné. Dès le lendemain, c’est Caroline Fourest, détractrice notoire de Tariq Ramadan, qui prend le relai et parcourt en quarante-huit heures les plateaux-télé, avec un impact médiatique démultiplié et le soutien appuyé de la revue Marianne. Elle dénonce la « duplicité » de Tariq Ramadan et « son réseau qui est l’un des plus redoutables dans l’islam politique », ainsi que « son public, antisémite, violent et haineux, [qui] crie au complot » (RTL). Au « complot sioniste » répond désormais le « complot islamiste », sans que l’on sache en définitive lequel a invoqué l’autre.

L’affaire Tariq Ramadan survient en France dans un contexte social d’une très grande tension, qui connait une hausse de l’antisémitisme et de l’islamophobie, une progression des extrémismes religieux et politiques, un repli identitaire et communautaire, la menace terroriste et l’effondrement des clivages politiques. Un climat de tensions auquel n’est pas étranger le monde médiatique, qui depuis des années s’est lancé dans une surenchère racoleuse autour des thèmes liés à l’islam : de Charlie Hebdo à Valeurs Actuelles, en passant par Marianne et Causeur, Le Point et L’Express, ou encore Le Figaro et sa rubrique Le Figarovox, les journaux télévisés de TF1 et France 2, les chaînes d’information en continu tel BFMTV, ou bien diverses émissions télévisées et radiophoniques. Bien souvent, les autres médias qui n’ont pas encore cédé aux sirènes se voient taxés « d’islamo-gauchisme », accusés bien curieusement par leurs concurrents d’être « dominants » et d’incarner la « bien-pensance ». La même ligne éditoriale « islamo-maniaque » traverse désormais un large spectre médiatique qui va de la presse de gauche à celle de droite et d’extrême-droite. Il ne fallait donc pas s’attendre à un traitement dépassionné de l’affaire Tariq Ramadan.

La polémique Charlie Hebdo : un tournant décisif

L’affaire Tariq Ramadan prend une nouvelle tournure sur le plan médiatique avec deux numéros consécutifs de Charlie Hebdo, qui met en Une, le 1er novembre 2017, un dessin illustrant l’intellectuel musulman accusé de viol, et, le 8 novembre, un autre mettant en cause Edwy Plenel et Mediapart. Les tensions suscitées par la polémique marquent un tournant médiatique décisif. Charlie Hebdo, qui a connu l’incendie de ses locaux en 2005 et surtout l’attentat meurtrier de 2015, est dans le même temps régulièrement accusé par ses contradicteurs d’observer une ligne éditoriale islamophobe. Cette nouvelle séquence apparaît dès lors comme le paroxysme des contentieux qui déchirent depuis plus de quinze ans l’ensemble de la presse française sur les questions de l’islam, de la laïcité ou encore de l’identité nationale. Il en ressortira qu’au lendemain de cette crise, la majeure partie de cette même presse se positionnera sur l’affaire Tariq Ramadan comme un seul homme. Avec une absence criante de pluralisme et un parti pris manifeste qui en disent long sur l’état de la presse et son basculement progressif.

  • La Une consacrée à Tariq Ramadan

La première Une de Charlie Hebdo relative à l’affaire Tariq Ramadan, parue le 1er novembre, met en scène l’accusé comme « sixième pilier de l’islam » symbolisé par son pénis en érection. La rédaction de l’hebdomadaire affirme avoir aussitôt reçu des menaces de mort ; des messages postés sur les réseaux sociaux relevant de l’apologie du terrorisme ont pu être constatés. Si ces menaces sont unanimement condamnées, la polémique perdure sur l’interprétation d’un dessin une nouvelle fois jugé équivoque. Cette Une suscite l’exaspération de musulmans qui s’estiment de nouveau stigmatisés et identifiés à un évènement polémique, dans un contexte social qui leur est déjà hostile, et provoque de manière assez prévisible la colère des partisans de Tariq Ramadan. De manière tout aussi prévisible, ces derniers se voient uniformément désignés derrière les mêmes menaces qui avaient précédemment ciblé la première plaignante Henda Ayari. Pourtant, aucun journaliste ne relève que la simple référence au concept d’un violeur et à son pénis comme « sixième pilier de l’islam » a pu à elle seule provoquer la furie islamiste, et que le rapport établi avec Tariq Ramadan est celui que s’efforcent d’imposer ses détracteurs depuis de nombreuses années.

Ce qui ressort ici est qu’il semble attendu que les partisans de Tariq Ramadan doivent supporter pour leur part toutes les outrances, sans que leurs réactions, lorsqu’elles ne relèvent ni de l’injure, ni de la menace, ne puissent être entendues. Et ce, alors même que des appels à la « lapidation » et au meurtre proférés sur les réseaux à l’encontre de l’accusé, ainsi que des injures racistes et islamophobes, n’ont ni été relevés par la presse, ni suscité la même indignation. À aucun instant, ce trolling, ayant pu émaner aussi bien de l’extrême-droite que de tout le spectre des anti-Ramadan, n’a donc été reproché – à tort ou ou raison – aux détracteurs de ce dernier ou aux propres partisans des plaignantes. La presse a également tout juste rapporté, sans s’y attarder, l’appel au calme exprimé par Tariq Ramadan face à l’ensemble des dérives constatées depuis le début de l’affaire :

« A vous,
Comme vous le savez, mes avocats m’ont demandé de garder le silence et de ne m’exprimer que dans le cadre de la procédure juridique, très loin de la temporalité et des excès médiatiques.
Je tenais néanmoins à dire ici que je déplore le climat délétère actuel où les propos de haine le disputent aux incitations à la violence. De tous les bords, de façon anonyme ou pas, on lit des commentaires excessifs, racistes, antisémites, islamophobes, irrespectueux à l’endroit des femmes, etc. Depuis plus de 30 ans, j’appelle à la mesure, à l’écoute, au dialogue respectueux et à l’intelligence ouverte et critique. Ce sont ces qualités dont nous avons tous besoin aujourd’hui. Personne, jamais, ne gagnera en propageant l’insulte et la haine.
Quant à moi, je reste serein et je fais confiance à la justice. Il faut être patient, et déterminé, toujours. Il faut, en toutes circonstances, demeurer sage et digne.
Merci, et que la Paix vous accompagne. »
Tariq Ramadan – Facebook (11/11/17)

  • Charlie Hebdo vs Mediapart

Dès le numéro suivant, une nouvelle Une de Charlie Hebdo met cette fois-ci en cause Edwy Plenel et Mediapart, lesquels, selon l’hebdomadaire satirique, auraient su, auraient refusé d’entendre et de voir et se seraient tus (selon la parabole des « trois singes ») au sujet des viols qui impliqueraient Tariq Ramadan. Une accusation grave que Charlie Hebdo s’avère incapable de démontrer et que le directeur de Mediapart réfute, parlant de calomnie. Par médias interposés, le ton monte entre les protagonistes et une citation tronquée d’Edwy Plenel impute à ce dernier d’avoir dit que Charlie Hebdo aurait « déclaré la guerre aux musulmans ». Surenchérissant dans la polémique, le directeur de Charlie Hebdo l’accuse alors de « condamner à mort une deuxième fois » sa rédaction, et Manuel Valls, connu pour sa proximité avec l’hebdomadaire et l’ensemble du courant laïciste, ainsi que pour ses propres propos polémiques au sujet de l’islam, se lance à son tour dans la surenchère à l’encontre d’Edwy Plenel. Ce dernier, selon l’ancien Premier ministre interrogé sur BFMTV-RMC, se serait adonné à la même « sémantique utilisée par les islamistes, utilisée par la propagande de Daech », aurait fait preuve de « complaisance » et de « complicité intellectuelle » à l’égard du terrorisme, et compterait parmi des « gens dangereux » qu’il conviendrait de « faire rendre gorge », « d’écarter du débat public » et de « faire perdre » dans le cadre d’une « guerre, une guerre d’idées, une bataille d’idées ». L’on comprend mieux alors la citation originale d’Edwy Plenel et tout ce qui s’en suivra.

« La ‘Une’ de Charlie Hebdo fait partie d’une campagne plus générale que l’actuelle direction de Charlie Hebdo épouse. Monsieur Valls et d’autres, parmi lesquels ceux qui suivent Monsieur Valls, une gauche égarée, une gauche qui ne sait plus où elle est, alliée à une droite voire une extrême droite identitaire, trouve n’importe quel prétexte, n’importe quelle calomnie pour en revenir à leur obsession : la guerre aux musulmans, la diabolisation de tout ce qui concerne l’islam et les musulmans. »
Edwy Plenel – Europe 1 (08/11/17)

La référence à une « guerre » – reprise sans complexe à son compte par Manuel Valls – a été l’opportunité pour les contradicteurs d’Edwy Plenel de discréditer sa pensée sur le fond. Au-delà de cet excès lexical fautif, le directeur de Mediapart n’a pourtant fait que décrire un glissement politique tangible, au point d’avoir viscéralement déplu à ceux que ce constat dérangeait. Ce qui est reproché à Edwy Plenel, c’est finalement de n’avoir pas « épousé » la « campagne générale » qu’il dénonçait, et de n’avoir pas non plus participé à discréditer Tariq Ramadan sur le plan intellectuel, au point là aussi de s’attirer les foudres de leurs détracteurs communs. Aux « croisades » dénoncées par Mediapart va succéder quelque chose comme une chasse aux sorcières au sein de la classe médiatique, libérant une parole dénonciatrice aspirant pour ainsi dire à une séance d’auto-critique de la part d’Edwy Plenel. Au-delà, ce sont également d’autres intellectuels qui sont visés (dont Edgar Morin et Pascal Boniface), des journalistes et des rédactions de presse, des politiques, des militants associatifs, notamment les mouvements antiracistes et féministes. En s’en prenant à Edwy Plenel, les protagonistes de la polémique frappent fort et marquent les esprits. Ils obtiennent gain de cause : Mediapart « rend gorge » et rentre dans les rangs desquels plus aucune tête ne dépassera dans le traitement médiatique de l’affaire Tariq Ramadan. De ce point de vue, deux autres journaux souvent qualifiés « d’islamo-gauchistes », Le Monde et Libération, feront preuve d’un zèle tout à fait remarquable.

Caroline Fourest, contrechamp sur la « gauche laïque »

Ironie de l’histoire, la seule journaliste qui clame haut et fort depuis le début de l’affaire avoir été au courant des viols qu’aurait commis Tariq Ramadan est Caroline Fourest (éditorialiste à Marianne et ancienne chroniqueuse à Charlie Hebdo). Elle-même, dans la foulée de Charlie Hebdo, accuse Edwy Plenel d’avoir su et de n’avoir rien dit et a fait exactement ce qu’elle lui reprochait : n’avoir rien dit alors qu’elle savait. Probablement d’ailleurs n’a-t-elle pas enquêté sérieusement, ni sur la véracité des viols qui lui avaient été rapportés, ni sur le profil et les motivations des femmes qui l’avaient approchée. Pour se justifier, elle affirme que ces dernières (dont la seconde plaignante dans l’affaire, « Christelle ») lui auraient demandé de ne rien publier par crainte des représailles, ce que de toutes façons Caroline Fourest n’envisageait pas de faire tant qu’elles ne porteraient pas plainte. Pour autant, ne rien publier exclut-il d’enquêter (et non de prendre parti ou de s’impliquer personnellement dans le dossier, faut-il préciser) ? Surtout au regard de la gravité des faits que l’agresseur supposé était susceptible de renouveler ? Ce qui, d’après la chronologie des faits rapportés, est exactement ce qui se serait produit. À la décharge partielle de Caroline Fourest, des éléments issus du dossier judiciaire et restitués par Le Muslim Post et Le Point pourraient laisser penser qu’elle aurait pu avoir été piégée. Dans un échange Skype avec une seconde femme elle aussi entrée en contact avec Caroline Fourest, « Christelle » écrit à son interlocutrice que la journaliste « fai[sait] partie de son plan » ; les deux femmes se sont concertées avant de la contacter séparément, ne faisant pas mention qu’elles se connaissaient. D’autres révélations viendront toutefois apporter de nouvelles interrogations sur l’attitude alors de Caroline Fourest.

Les exemples qui suivent s’écartent de l’affaire au sens strict afin de considérer des dynamiques que Caroline Fourest a impulsées ou accompagnées et dont elle a pu se désolidariser. Ils montrent notamment des étapes qui ont marqué le basculement du débat à gauche vers un centre de gravité redéfini à chaque fois par l’extrême-droite.

  • De Charlie Hebo à Marianne

Caroline Fourest se fait connaître en publiant en 2004 « Frère Tariq », un livre à charge contre Tariq Ramadan. Elle avait précédemment rejoint la rédaction de Charlie Hebdo au lendemain des attentats du 11-Septembre. C’est elle, ainsi que sa compagne Fiammetta Venner, que d’anciens collaborateurs de Charlie Hebdo (Olivier Cyran, Philippe Corcuff, Mona Chollet) estiment responsables de l’inflexion de la ligne éditoriale du journal sous la direction de Philippe Val, lui-même investi par l’obsession de l’islam et par une certaine conception du conflit israélo-palestinien. C’est également aux côtés de Philippe Val que les deux chroniqueuses quitteront la rédaction de Charlie Hebdo, après y avoir imprégné une vision islamo-centrée du monde en guise d’héritage. Comme le rapporte Mediapart, une inflexion similaire se confirmera plus tard au sein de la rédaction de Marianne, avec l’arrivée en 2016 de Caroline Fourest et d’autres plumes « laïques », après une laborieuse reprise en main de la revue par d’anciens cadres du Figaro Magazine aux connexions douteuses avec le Grece et le Club de l’Horloge. Le grand écart entre la gauche laïciste et une certaine proximité avec l’extrême-droite semble cependant ne pas avoir été si grand du point de vue éditorial, malgré les fortes tensions qui ont traversé la rédaction.

  • Islamophobie vs antisémitisme

Caroline Fourest compte parmi ces personnalités qui s’appliquent à revisiter le concept d’islamophobie, soit pour le détourner de son sens, soit pour nier ou relativiser la réalité qu’il décrit. Elle affirme cependant lutter contre le racisme anti-musulman, préférant le qualifier de « musulmanphobie » plutôt que d’islamophobie – ce terme étant destiné selon elle à l’usage des islamistes à des fins politiques. Une telle lecture révisionniste et exclusive appliquée au concept d’antisémitisme serait pourtant perçue à juste titre comme antisémitisme. Dans une interview accordée au Muslim Post, en avril 2016, elle se montre plus mesurée, admettant que le terme d’antisémitisme peut lui aussi être instrumentalisé, concédant également qu’en France « le principal danger n’est pas l’islamisme mais le Front national » ou encore qu’il n’y aurait « pas de désaccord » sur le fond avec l’Observatoire de la laïcité pourtant décrié par son propre camp. Ce discours adressé à un lectorat musulman contraste avec la virulence de la plupart de ses interventions médiatiques, où elle martèle son argumentaire sur l’islamophobie sans la même circonspection, focalise l’attention sur le péril islamiste et l’antisémitisme aussitôt liés, et ne retient pas ses coups à l’endroit de l’Observatoire de la laïcité ; les questions du racisme anti-musulman et du Front national étant reléguées au second plan. Il pourrait ainsi être adressé à Caroline Fourest les mêmes reproches qu’elle adresse elle-même à Tariq Ramadan : un « double discours » adapté selon les auditoires et par là-même une certaine forme de duplicité.

  • Le précédent de Riposte laïque

Les ambiguïtés de Caroline Fourest ont notamment pu conduire par le passé à des situations assez paradoxales. Ainsi, Pierre Cassen, avec qui elle venait de signer une tribune dans Libération un an plus tôt, crée en 2007 Riposte laïque afin de réunir les déçus d’un combat laïque jugé trop timoré. Cette scission au sein du camp laïciste, d’abord très brièvement amicale, dégénère en un divorce brutal : Caroline Fourest reproche à ses anciens partenaires leur racisme rampant, tandis que ces derniers l’accusent des mêmes griefs réservés jusqu’alors aux « islamo-gauchistes ». Plusieurs collaborateurs de la revue Prochoix (Jeanne Bourdillon, Anne Zelensky, Pascal Hilout), dirigée par Caroline Fourest et Fiammetta Venner, rejoignent alors la fronde « ultralaïque ». Riposte laïque et son corollaire Résistance républicaine s’illustrent très rapidement par des positions ouvertement islamophobes, à la fois compulsives et virulentes. De provocations racistes en invectives xénophobes, ils en viennent à promouvoir l’extrême-droite et à s’associer avec elle, au point désormais de lui être identifiés. Riposte laïque est précisément le point d’effondrement et de collusion entre la gauche laïciste et l’extrême-droite. Sur la base de ce constat, il est assez remarquable que Henda Ayari, la première plaignante dans l’affaire Tariq Ramadan, ait accepté d’accorder une interview à ce site controversé, en mai dernier.

  • Du Printemps républicain à Toujours Charlie

Les situations paradoxales auxquelles se retrouve confrontée Caroline Fourest se poursuivent en 2016, avec la création du Printemps républicain (Libération a rapporté son lancement avec un regard critique). Ce collectif, qui réunit nombre de ses collaborateurs et compagnons de route, est notamment parrainé par la revue Marianne, officiellement ancrée à gauche et pour laquelle Caroline Fourest est devenue éditorialiste, et la revue Causeur, marquée très à droite. Si le manifeste de lancement est irréprochable, les désillusions s’enchaînent, et, rattrapés par leur obsession islamiste, les militants sont accusés de « chasser en meute » sur les réseaux sociaux – comme ils le reprochent eux-mêmes aux partisans de Tariq Ramadan – et de suivre des « croisades similaires à celles de la droite identitaire », ainsi le rapporte l’AFP. Si Caroline Fourest soutient le Printemps républicain face aux critiques dont il fait l’objet, elle ne s’était pas associée au manifeste, se déclarant alors « pour un compromis laïque bien plus modéré que le radicalisme de certains membres du Printemps républicain (sur les questions des accompagnements scolaires par exemple) ». On n’est pas loin des « accommodements raisonnables » reprochés à l’Observatoire de la laïcité, qui semblent pardonnés ici à celle qui fait figure de référence intellectuelle auprès d’une frange laïque jugée « radicale ». Caroline Fourest interviendra notamment lors de l’événement « Toujours Charlie » co-organisé par le Printemps républicain, en janvier 2018. Un événement commémoratif que ses contradicteurs qualifieront de « tentative de récupération » et dont la presse (Libération, 20 Minutes) relèvera parmi ses thèmes récurrents : la laïcité, le communautarisme musulman, l’islamisme, l’islamophobie, l’islamo-gauchisme, etc.

Selon Caroline Fourest, il existe donc des « laïcs radicaux » (au Printemps républicain) comme il existe des « ultralaïques » (à Riposte laïque), alors qu’elle réfute ces mêmes griefs lorsqu’ils lui sont adressés. Le discours du Printemps républicain, comme celui de Toujours Charlie, est pourtant devenu quasiment comparable à celui des débuts de Riposte laïque : s’opposer à l’islamisation de la société au nom de la laïcité – dérive que la journaliste avait précisément dénoncée à l’époque. On pourrait également forcer le parallèle avec l’argumentaire, tout au moins de façade, avancé lors des Assises contre l’islamisation de l’Europe organisées conjointement en 2010 par Riposte laïque et le Bloc identitaire, lequel Bloc identitaire – groupe d’extrême-droite issu de la dissolution d’Unité Radicale suite à l’attentat manqué contre Jacques Chirac en 2002 – avait fait un remarquable effort d’adaptation pour la circonstance. Une initiative que Caroline Fourest avait là encore dénoncée à juste titre. Pourtant, on ne peut que constater à travers ces initiatives répétées les lourdes tendances qui progressent depuis ces dix dernières dans le débat public, tendances auxquelles Caroline Fourest n’est pas étrangère, même s’il lui arrive de les déplorer et s’avère manifestement incapable de les maîtriser. Se pose pourtant la question de sa propre responsabilité dans ce processus, lorsque se dessinent les contours d’une rivalité entre l’extrême-droite et la gauche laïciste qui se disputent la légitimité à parler de l’islam et de l’islamisme.

  • Manifeste contre le nouvel antisémitisme

L’errance de plusieurs protagonistes du Printemps républicain et de Toujours Charlie, tous par ailleurs détracteurs de Tariq Ramadan aux côtés de Caroline Fourest, se prolonge avec le Manifeste contre le nouvel antisémitisme, paru dans Le Parisien. Cette initiative, lancée par Philippe Val en avril 2018 et accompagnant la sortie d’un ouvrage collectif intitulé « Le nouvel antisémitisme en France », développe l’idée d’un « antisémitisme musulman » qui représenterait « la plus grande menace qui pèse (…) sur le monde de paix et de liberté » en ce XXIe siècle. Face à cette menace d’une « épuration ethnique à bas bruit », la responsabilité d’un « islam de France », dont le sursaut serait attendu sans quoi « la France ne [serait] plus la France », est aussitôt désignée. La polémique suscitée par ce manifeste a été largement commentée dans la presse (Slate, L’Express) et a bien évidemment fait réagir les représentants musulmans qui se voyaient pris à partie (France Info, Le Monde). Nicolas Lebourg, spécialiste de l’extrême-droite, décèle à travers l’ouvrage collectif une approche conspirationniste autour de l’idée d’une omerta médiatique et institutionnelle qui porterait sur l’antisémitisme en France, lequel serait devenu aujourd’hui d’extrême-gauche et arabo-musulman. L’ouvrage se réfère notamment à Marine Le Pen comme ayant été la seule candidate lors des dernières présidentielles à avoir dénoncé cette situation et persiste dans la négation de l’islamophobie comme racisme anti-musulman. Fait assez remarquable, les réseaux sociaux nous apprennent que la plaignante Henda Ayari aurait souhaité être signataire du manifeste, ce que prend soin de saluer ostensiblement Gilles-William Goldnadel sur Twitter.

Ces différents exemples, où les protagonistes ont par ailleurs le même avis tranché sur Tariq Ramadan et ont été amenés pour certains à s’exprimer publiquement sur l’affaire, témoignent du glissement progressif du débat public vers thèmes avancés de longue date par l’extrême-droite. Au point que le Front national n’a pas eu besoin de se positionner sur l’affaire en cours, son argumentaire ayant été relayé sur le fond sans avoir eu à intervenir. Au point également que la presse a renoncé à s’interroger sur un rôle éventuel de l’extrême-droite pour ne pas avoir à remettre en cause l’angle général qui n’avait initialement pas intégré ce postulat.

« Christelle » et ses rapports avec l’extrême-droite

Durant les cinq premiers mois de l’affaire Tariq Ramadan, aucune information n’a filtré au sujet des plaignantes, rien au-delà des présentations officielles qui ont été autorisées par ces dernières. La mise en examen de l’accusé, puis son placement en détention provisoire, le 2 février, semble avoir mis suffisamment en confiance la seconde plaignante, connue sous le pseudonyme de « Christelle », pour en dire davantage à son sujet au magazine Vanity Fair, lequel apporte également des éléments complémentaires concernant la première plaignante Henda Ayari. Le mois suivant, la troisième plaignante, présentée sous le pseudonyme de « Marie », voit son anonymat desservi par des indiscrétions trop précises de la presse, permettant alors de l’identifier et de recouper son passé judiciaire avec des archives de la Voix du Nord. Au mois d’avril, le Muslim Post et Le Point révèlent de nouveaux éléments concernant « Christelle », tandis que l’avocat de la défense, constatant le déséquilibre médiatique au détriment de son client, fait d’autres révélations au sujet des trois plaignantes. Enfin, au mois de juin, un témoignage versé au dossier judiciaire a été en partie restitué publiquement par son auteur concernant Henda Ayari. Au vu de tous ces éléments connus permettant de mieux cerner le profil des trois plaignantes, seules les deux premières – Henda Ayari et « Christelle » – démontrent des liens directs ou indirects avec l’extrême-droite.

  • Vanity Fair, la « Dissidence » et les révélations inachevées

En publiant un témoignage exclusif de « Christelle » en février dernier, Vanity Fair semble convaincu de délivrer des éléments à charge contre l’accusé, notamment s’agissant d’une proximité supposée avec Alain Soral, figure de l’extrême-droite conspirationniste et antisémite. Les éléments délivrés n’apprennent pourtant rien de plus que les rumeurs déjà connues, lesquelles étaient déjà infirmées par les faits et se voient caricaturées par les excès contenus dans le témoignage de « Christelle ». Bien que Tariq Ramadan et Alain Soral se soient effectivement croisés au congrès de l’UOIF au Bourget, en avril 2009, Tariq Ramadan s’en est expliqué et a surtout décliné les mains tendues par Alain Soral par médias interposés, refusant tout lien avec l’extrême-droite et toute instrumentalisation de l’antisionisme. Après de multiples provocations à l’endroit de l’intellectuel musulman, le verdict d’Alain Soral est sans appel, Tariq Ramadan se voyant qualifié « d’agent déclaré du grand capital mondialiste », comme le rapporte Vanity Fair dans des termes similaires. S’agissant des propos de « Christelle » suggérant une complicité sinon une connivence entre les deux hommes (ce que la journaliste décrit comme des « amitiés conspirationnistes »), Alain Soral, s’extirpant de sa vantardise coutumière, a fait savoir par l’intermédiaire de son avocat qu’il n’avait rencontré Tariq Ramadan qu’à deux reprises. Salim Laïbi (autre Dissident mentionné dans l’article) et lui-même confirment cependant avoir bien été en contact avec les deux plaignantes Henda Ayari et « Christelle », comme le rapporte Vanity Fair.

Pourtant, la vraie révélation délivrée indirectement par Vanity Fair est que « Christelle » a elle-même approché Alain Soral et les cercles soraliens de la Dissidence, lorsque cela était inconcevable du point de vue de Tariq Ramadan. Encore faut-il préciser qui sont ces protagonistes issus de la complosphère d’extrême-droite.

  • Alain Soral et Salim Laïbi

Au moment où « Christelle » prend contact avec Alain Soral, à l’automne 2009, celui-ci vient de quitter le Front national six mois plus tôt pour se présenter aux élections européennes sur une liste concurrente. Son engagement au Front national dure quatre ans, il est introduit par Farim Smahi auprès de Jean-Marie Le Pen, après avoir réussi à approcher Marine Le Pen et Bruno Gollnish. Intégrant le parti en 2005, il rejoint son comité central en 2007. Cette même année, avec deux anciens membres du GUD et le soutien de Jean-Marie Le Pen, il crée Egalité & Réconciliation : cette succursale soralienne est conçue pour séduire et siphonner l’électorat de gauche et l’électorat musulman en faveur du FN. La ligne antisioniste d’Alain Soral peinant à l’emporter au sein du parti et se voyant lui-même déclassé sur les listes frontistes aux européennes, il quitte le FN, rejoint la liste du Parti antisionniste menée par Dieudonné et réorganise drastiquement Egalité & Réconciliation autour de sa propre personnalité. Il s’agit là de la description de celui dont Tariq Ramadan a refusé la main tendue, mais que « Christelle » a choisi délibérément d’approcher. La fibre conspirationniste n’est pas forcément là où Vanity Fair pensait la déceler.

Salim Laïbi, quant à lui, est celui qui a été dépositaire de la parole des deux plaignantes « Christelle » et Henda Ayari et d’autres « victimes » supposées de Tariq Ramadan, il est un détracteur acharné de ce dernier, auquel il a consacré plus de 70 articles sur son blog depuis le début de l’affaire, et a fait partie des cercles soraliens jusqu’à une rupture radicale avec Alain Soral en 2015. Fidèle à l’image qu’il se donne de « Libre Penseur », il est quelqu’un d’indépendant et d’incontrôlable, capable de partir en guerre contre tout le monde : Tariq Ramadan, Caroline Fourest, Alain Soral, Dieudonné, etc – à l’exception de Lucia Canovi avec laquelle les liens sont restés intacts. Evoluant au sein de la sphère conspirationniste pro-iranienne, ses alliances plus ou moins durables l’ont conduit à fréquenter plusieurs figures d’extrême-droite : Alain Soral donc, mais aussi Vincent Reynouard (négationniste, rédacteur à la revue Rivarol), Thomas Werlet (militant nationaliste, fondateur de la Droite socialiste et président du Parti Solidaire Français, tenté autrefois par un rapprochement avec l’Œuvre française) et Paul-Éric Blanrue (ancien militant royaliste et du Front national, négationniste proche de Robert Faurisson). Dans le cadre de l’affaire Tariq Ramadan, « Christelle » semble être restée en bons termes avec Salim Laïbi, dont elle a partagé une dizaine d’articles ou vidéos sur sa page Facebook « Je suis Christelle », également reproduits sur le blog éponyme et sur le site dédié à l’affaire : Les Plaignantes. Salim Laïbi a par ailleurs promu la cagnotte en ligne de « Christelle » (présentée comme la « cagnotte officielle des victimes de Tariq Ramadan ») au détriment de celle de Henda Ayari et a considéré récemment que cette dernière était « la marionnette de Caroline Fourest ».

Pour paraphraser la journaliste de Vanity Fair, « dans ce fourre-tout idéologique, les ego l’emportent sur les alliances, les rapprochements finissent en insultes, les amis d’un jour deviennent des ennemis acharnés et c’est dur à suivre ». Ce « va-et-vient irrationnel des amitiés conspirationnistes qui se font et se défont » concerne cependant moins Tariq Ramadan que ses détracteurs : Alain Soral et Salim Laïbi évidemment, mais aussi, comme nous le verrons, les plaignantes « Christelle » et Henda Ayari elles-mêmes, ainsi que Caroline Fourest dans son rapport avec ces deux dernières.

  • Le Muslim Post : Debout la République et Les Femmes avec Marine

Aux révélations faites indirectement par Vanity Fair succèdent celles du Muslim Post et du Point au mois d’avril. Dans un article intitulé « Qui est réellement Christelle ? », publié le 11 avril, le Muslim Post dévoile partiellement l’identité de « Christelle » (Paule-Emma A.) et consacre un premier paragraphe à son parcours politique. Celle-ci s’est notamment présentée aux législatives de 2012 sur une liste de Debout la République. Une recherche sur internet et des archives de presse permettent de recouper l’information : Paule-Emma Aline (ou Paule Aline) était ainsi candidate dans une circonscription de l’Hérault, comme le relate le site Herault Tribune. Si la classification du parti de Nicolas Dupont-Aignan à l’extrême-droite a longtemps fait l’objet de discussions, son alliance avec le Front national au second tour des dernières présidentielles a achevé de lever les ambiguïtés, avec notamment la stature de Premier-ministrable du candidat de Debout la France aux côtés de Marine Le Pen. « Christelle » avait elle-même anticipé cette évolution des choses, puisqu’en 2017 on la retrouve administratrice d’un site internet intitulé Les Femmes avec Marine (lesfemmesavecmarine.com) ou tout au moins propriétaire de ce nom de domaine.

C’est là le second point révélé dans le paragraphe du Muslim Post consacré au parcours politique de « Christelle ». Cette dernière s’avère être administratrice d’un ou plusieurs sites d’extrême-droite : Femme Française, Femme Patriote, Les Femmes avec Marine ; les adresses de ces deux derniers sites renvoient désormais vers une vidéo Youtube litigieuse concernant Tariq Ramadan et ont pu correspondre initialement soit à des sites distincts, soit à des adresses de redirection vers le premier site. Seul le site-racine Femme Française est toujours actif, avec un avertissement mentionnant que « notre graphiste » a été calomnié par des « islamistes » et des « complotistes » (*), suivi là aussi de deux vidéos sur Tariq Ramadan. Le site Femme Française comporte de nombreux articles ouvertement islamophobes et oriente également vers le réseau social « patriote » Miogaror, lequel est géré par le/la même administrateur/rice. Une recherche sur internet permet de confirmer tous ces éléments : Website Informer mentionne que chacun de ces sites est enregistré sous le nom de Paule Aline et sous l’adresse mail pejaa@live.fr (Paule-Emma Jeanne Adam Aline ; correspondant également aux pseudonymes « Aline rédactrice en chef, Emma éditorialiste, Jeanne éditorialiste, Paule éditorialiste » sur le site Mode Française) ; et Google conserve les traces de la page Facebook associée à Femme Française, mentionnant notamment l’adresse totalk@protonmail.com qui avait été créée par « Christelle » pour être jointe dans le cadre de l’affaire Tariq Ramadan. Enfin, le site Les Plaignantes, créé là aussi par « Christelle », mi avril, présente exactement les mêmes caractéristiques que le site Femme Française : même charte graphique, même système d’arborescence et de navigation, même ligne éditoriale polémique et formule de copyright identique.

(*) « Notre graphiste et notre site ayant été cités et calomniés par des adeptes de secte ‘islamistes et complotistes?’ et journalistes ‘douteux et aux ordres de cette secte?’ non avares de mensonges : Nous leurs offrons donc ses cadeaux [vidéos sur Tariq Ramadan] pour chacune de leurs visites en droit de réponse. »
Femme Française – page d’accueil

Le problème ici est que hormis le Muslim Post, aucun autre média ou organe de presse n’a enquêté sur le parcours de « Christelle », ni relayé ces nouveaux éléments, alors que le profil de l’accusé a été décortiqué dans tous les sens, bien souvent pour noircir le portrait d’un coupable idéal. Ainsi, parmi plusieurs journalistes approchés en amont de la rédaction du présent article, deux ont répondu en privé sur l’engagement politique de la plaignante : « ce n’est pas quelque chose que ‘Christelle’ a dissimulé »« que certaines plaignantes soient proches ou membres de tel ou tel mouvement (y compris d’extrême droite) – ou bien que ces mouvements les soutiennent – n’empêche pas qu’elles aient pu subir des violences sexuelles comme elles l’affirment » ; et « on peut aussi avoir fréquenté Soral et avoir été violée ». Or, mis à part les « révélations » de Vanity Fair laissées en l’état sans jamais avoir été approfondies, il est inexact d’affirmer que « Christelle » n’a rien dissimulé de son parcours politique. Et si tel avait été le cas dans le cadre d’éventuelles confidences faites à la presse, alors manifestement cette dernière a fait le choix de ne rien en dire. En outre, il apparait dans ces deux réponses concordantes que l’éventualité que la plaignante ait pu ne pas avoir été violée n’a semble-t-il jamais été envisagée sérieusement, cette piste apparaît donc avoir été exclue du champ de l’enquête journalistique, y compris quand se pose la question d’un éventuel mobile politique. Cet exemple reflète assez fidèlement l’attitude de la presse en général sur cette affaire.

  • Le Muslim Post et Le Point : le « plan » de Christelle

Les révélations délivrées dans l’article du Muslim Post se poursuivent avec l’évocation d’un « plan » qu’aurait envisagé « Christelle » en amont de sa rencontre avec Caroline Fourest en novembre 2009 (comme mentionné plus haut). Le Point, qui a eu accès aux mêmes éléments du dossier, semble désormais vouloir prendre ses distances avec les papiers unilatéralement à charge de son correspondant genevois Ian Hamel (qui compte parmi les détracteurs de Tariq Ramadan) et produit un premier compte-rendu impartial et factuel sur le volet judiciaire. Il est ainsi relevé que, dans un échange Skype avec une autre femme (Denise) ayant pris contact elle aussi avec Caroline Fourest, « Christelle » évoque un « plan imparable » pour faire tomber Tariq Ramadan, consciente que « pour déclarer la guerre à cet homme, [il faut] être plus de trois personnes ». Elle expliquera a posteriori ce plan à la juge : « constater médicalement, porter plainte et ouvrir un blog », sans pouvoir se rappeler la chronologie exacte des faits, car à cette époque elle « buv[ait] du rhum ». Le Muslim Post révèle d’autres extraits de cet échange Skype, où, comme évoqué précédemment, « Christelle » précise que Caroline Fourest « fait partie de [son] plan », et, parlant de Tariq Ramadan, s’enthousiasme avec Denise à l’idée de « faire tomber sa carrière politique a [leur] façon ».

[24.10.2009 15:39:06] Denise: quel est ton plan?
[24.10.2009 15:39:12] Paule-Emma : je ne peux pas le dire
[24.10.2009 15:39:13] Paule-Emma: désolé
[24.10.2009 15:39:26] Denise: je pense qu’on devrait etre ensemble et parler à fourest
[24.10.2009 15:39:27] Paule-Emma: pour celà je dois faire cavalier seule mais je regroupe tout ce qu’il faut
[24.10.2009 15:43:53] Denise: qu’en penses tu de contacter fourest?
[24.10.2009 15:44:00] Paule-Emma: c’est prevue
[24.10.2009 15:44:06] Denise: il y a un débat organiser en novembre entre Lui et elle
[24.10.2009 15:44:07] Paule-Emma: elle fait partie de mon plan

Après le contact noué avec Caroline Fourest :

[26.10.2009 09:28:39] Paule-Emma: j’ai eu une reponse de caroline fourest
[26.10.2009 09:28:56] Denise: bonjour!
[26.10.2009 09:29:26] Denise: et bien moi aussi, ce matin!
[26.10.2009 09:29:31] Paule-Emma: mdr
[26.10.2009 09:29:38] Paule-Emma: elle ne veut pas l’attaquer dans ce sens
[26.10.2009 09:29:56] Denise: je comprends
[26.10.2009 09:30:48] Paule-Emma: mais nous on va s’occuper aussi de faire tomber sa carrière politique a notre façon lol

Dans un article suivant, le Muslim Post relate l’extrait d’une conversation ultérieure avec Denise, datée du 18 février 2010, où « Christelle » s’estime harcelée « par des journalistes merdiques, les éditeurs foireux, les fachos, les RG, les politiciens, etc. qui veulent tous [l’]utiliser pour leurs intérêts perso ».

  • Le silence éloquent de Caroline Fourest

En février dernier, Caroline Fourest prévient qu’elle « n’a pas le goût pour les victoires ressassées » et qu’elle sera absente durant plusieurs mois en raison du tournage d’un film. Malgré son indisponibilité, elle publie plusieurs éditoriaux dans Marianne sur d’autres sujets et continue de communiquer sur les réseaux sociaux. Depuis son départ jusqu’aux révélations du Muslim Post datées du 11 avril, elle communique encore une douzaine de fois en deux mois au sujet de l’affaire Tariq Ramadan sur Twitter et Facebook. Depuis lors, silence radio : depuis les révélations du Muslim Post jusqu’au mois de juillet, elle n’aura communiqué que trois fois en trois mois sur le dossier, notamment pour se différencier d’Eric Zemmour qu’un journaliste suisse avait associé à son image dans la dénonciation de Tariq Ramadan. Ce silence est d’autant plus stupéfiant que d’importants développements sont survenus dans l’affaire et que l’avocat de la défense a cité son nom lors de nouvelles révélations. Ainsi Me Marsigny a-t-il fait référence à d’anciens mails rédigés par « Christelle », issus du dossier judiciaire :

« [Christelle] raconte en 2010 qu’elle a subi des pressions des renseignements généraux, que le président de la République est prêt à lui payer le meilleur avocat de France pour déposer plainte contre Monsieur Ramadan, puisque le président veut le chasser. Ce n’est pas la défense qui le dit, c’est la plaignante qui l’écrit. »
(…)
« Elle raconte qu’elle a eu quatre contrôles fiscaux, ses comptes bancaires ont été bloqués parce que Caroline Fourest lui avait envoyé les renseignements généraux pour déposer plainte contre monsieur Ramadan et que ne le faisant pas, elle a été affamée pour pouvoir le faire ».
(…)
« Christelle raconte d’ailleurs dans ses emails que de toutes façons les Arabes, et bien tous n’ont qu’une hâte, c’est de taper leur femme et de la tromper et c’est normal ».
Me Emmanuel Marsigny – Europe 1 (02/05/18)

Le malaise de Caroline Fourest peut se comprendre à plusieurs titres, en formulant une hypothèse. Tout d’abord, elle apprend qu’elle aurait pu éventuellement avoir été piégée par « Christelle », et surtout que celle-ci est une militante d’extrême-droite, qui plus est dont elle a assuré la défense. Ensuite, au fil des mois, l’affaire Tariq Ramadan n’a pas pris la tournure attendue s’agissant des révélations portant sur le crime de viol, alors qu’il s’agit d’un dossier sur lequel elle s’est exposée et investie – là où, rappelons-le, le Front national s’est tenu à l’écart avec beaucoup de prudence. De même, Caroline Fourest n’ayant cessé de rappeler qu’il fallait respecter la parole des plaignantes, les nouvelles révélations la mettent en porte-à-faux à double titre : soit les écrits de « Christelle » relèvent des élucubrations de la plaignante qui se discrédite elle-même ; soit ces écrits sont fondés sur des faits et compromettent alors Caroline Fourest.

Mais par dessus tout, cette séquence s’avère désastreuse parce qu’elle révèle qu’une partie du plaidoyer anti-Ramadan de Caroline Fourest pourrait être biaisée. En effet, ce plaidoyer repose notamment sur des certitudes nourries depuis près de dix ans s’agissant de viols qu’aurait commis Tariq Ramadan, preuve implacable de sa duplicité et de sa dangerosité selon la journaliste, mais qui pourraient ne pas s’être produits. L’on voit qu’après les révélations au sujet de « Christelle », Caroline Fourest s’est astreinte au silence et a tenté de se raccrocher au sort des deux autres plaignantes. Début juin, elle twitte un article relativisant la décision de justice ayant écarté une nouvelle mise en examen de l’accusé dans le cadre de la troisième plainte, celle de « Marie » (tweet entretemps disparu). Le 20 juillet, elle twitte deux articles du Figaro dont manifestement elle espère qu’ils participeront à faire oublier la deuxième volteface consécutive de Henda Ayari lors de sa confrontation avec Tariq Ramadan, ainsi que la procédure de démise en examen récemment demandée par l’avocat de la défense. Or, en reportant ses espoirs sur Henda Ayari, Caroline Fourest n’en est probablement qu’au début de ses peines.

Henda Ayari et ses rapports avec l’extrême-droite

Les deux plaignantes Henda Ayari et « Christelle » avaient initialement déclaré aux enquêteurs ne pas se connaître, avant de revenir sur leur déposition en reconnaissant finalement avoir été en contact par le passé, comme ce fut le cas par l’intermédiaire d’Alain Soral (Le Parisien). La presse s’en était fait brièvement écho, sans donner l’impression de vouloir creuser cette piste. Plus soucieuse à cette même époque de spéculer sur les cagnottes organisées en faveur de Tariq Ramadan, elle ne s’était pas non plus penchée sur celles qui avaient été mises en place au bénéfice des plaignantes.

Pourtant, ces cagnottes ont été révélatrices d’une discorde, sinon d’une rivalité entre Henda Ayari et « Christelle ». Une première cagnotte intitulée CASH (Comité d’Action et de Soutien à Henda) a été créée en faveur de Henda Ayari le 26 février, et, dès le lendemain, le 27 février, « Christelle » a monté elle-même une autre cagnotte, initialement intitulée « Cagnotte officielle pour les victimes de Tariq Ramadan », comme en témoigne la promotion qu’en avait faite à l’époque Salim Laïbi – on pouvait y lire que Henda Ayari, « l’ancienne salafiste » (non mentionné par Salim Laïbi), avait « déjà fait sa propre cagnotte personnelle indépendante ». Aussitôt, le 28 février, les deux plaignantes se sont répandues sur les réseaux sociaux, Henda Ayari dénigrant l’anonymat de « Christelle » et accusant celle-ci de vouloir lui « nuire » et la « décrédibiliser » et de la « harceler depuis des mois » (publication Facebook depuis supprimée – captures d’écran 1 ; 2). « Christelle » a quant à elle mis cet incident sur le compte d’un surmenage de Henda Ayari et d’un trolling imputé aux partisans de Tariq Ramadan (la publication était visible jusqu’à la suspension de la page « Je suis Christelle », survenue le 30 juillet). Signalée par ces derniers en raison de la référence diffamatoire aux « victimes », la cagnotte de « Christelle » a été reformulée à plusieurs reprises. Le 5 avril, Henda Ayari s’est vue bénéficiaire d’une seconde cagnotte (depuis fermée – captures d’écran 1 ; 2 ; 3 ; 4) associant la troisième plaignante « Marie », selon l’intitulé « Solidarité avec les courageuses » et mentionnant que Christelle avait fait « le choix de monter sa propre cagnotte en son nom de son côté ». Cette dernière, le 23 avril, a redéfini la vocation de sa propre cagnotte, désormais intitulée « Campagne officielle de solidarité envers ‘Christelle’ et ‘Brigitte’ » et associant la plaignante suisse « Brigitte ».

Cette discorde et cette rivalité ont ici du sens, car Henda Ayari et « Christelle », qui avaient initialement affirmé ne jamais avoir été en contact, alors qu’elles l’ont été par l’intermédiaire d’Alain Soral, ont suivi, à partir de ce même contact, une orientation politique sensiblement différente l’une de l’autre, mais jamais très loin des marges de l’extrême-droite. Au final en-dedans dans le cas de « Christelle », et souvent à cheval dans le cas de Henda Ayari.

  • Témoignage de Gamal Abina : Alain Soral et « Monsieur K »

On connaissait déjà les révélations faites par Vanity Fair concernant des contacts noués autrefois entre Henda Ayari et Alain Soral, c’est un témoignage versé au dossier judiciaire qui nous en apprend plus à ce sujet. Gamal Abina, un témoin de la défense dans l’affaire Tariq Ramadan, a restitué partiellement la teneur de son témoignage sur son blog personnel – « Qui est Henda Ayari ? » – et sur un site administré par des sympathisants de l’intellectuel musulman (Le réveil citoyen). Militant antiraciste proche des Indigènes de la République, Gamal Abina ne cache pas les conflits qui l’opposent à Alain Soral et la distance qu’il peut observer vis-à-vis de Tariq Ramadan. Toutefois, c’est l’injustice subie par ce dernier qui l’aurait pousser à témoigner, affirmant connaître personnellement Henda Ayari et se disant convaincu que cette dernière ment.

Gamal Abina décrit Henda Ayari comme une personne fragile psychologiquement, influençable et manipulatrice, et en quête de notoriété. Celle-ci lui aurait confié à l’époque être proche d’Alain Soral et avoir été mandatée par lui pour piéger Tariq Ramadan. Gamal Abina s’en tient prudemment à ces confidences, admettant ne pas pouvoir savoir si elles étaient fondées ou non, ni quel était le but recherché par Henda Ayari en les lui faisant. Il estime cependant comme un fait admis que cette dernière connaissait bien Alain Soral, et l’idée d’un piège qui aurait été tendu par ce dernier à Tariq Ramadan ne lui apparait pas inconcevable en soi, sans pouvoir être affirmatif à ce sujet. C’est toutefois une mésaventure personnelle avec la plaignante et l’implication d’un autre personnage qui semblent préoccuper davantage Gamal Abina. L’homme qu’il désigne sous le pseudonyme de « Monsieur K » et qu’il suppose avoir été le compagnon de Henda Ayari à l’époque des faits aurait incité cette dernière à le piéger lui aussi, sur un mode similaire à celui supposé dans l’affaire Tariq Ramadan. L’initiative aurait échoué et se serait soldée par les excuses de la complice présumée. « Monsieur K » est décrit par Gamal Abina comme étant proche de l’extrême-droite et des cercles soraliens.

Un nom circule sur les réseaux sociaux, celui de Nouari Khiari, qui pourrait être le « Monsieur K » mentionné par Gamal Abina. Ce dernier a indiqué ne pas vouloir révéler publiquement l’identité de l’intéressé, par respect du secret judiciaire. Toutefois, la mention de Nouari Khiari sur Twitter et Facebook est suffisamment rare et précise pour être relevée, comme si elle avait été destinée à susciter la réaction de Henda Ayari ou lui signifier qu’un éventuel élément-clé de l’affaire était connu par d’autres. Cette mention, révélée sous pseudonyme sur Twitter (« Eleonor ») et sous une identité invérifiable sur Facebook, peut avoir été faite par Gamal Abina lui-même ou par toute autre personne témoin des situations décrites, proche des milieux mentionnés ou encore supposée bien informée sur le dossier.

  • Nouari Khiari, proche du Front national

Ce qui en ressort est la similitude exacte entre Nouari Khiari et « Monsieur K », ce qui sera considéré ici comme simple hypothèse, dès lors où l’information n’a pas encore surgi du dossier judiciaire, ni été relayée ou confirmée par la presse. Quoi qu’il en soit, Nouari Khiari correspond bien à l’idée de « quelqu’un, dont la réputation était plutôt douteuse, d’origine algérienne et dont les penchants pour l’extrême droite étaient très marqués, lui aussi cherchait à exister à travers ce dossier [l’affaire Saïd Bourarach] ». Il était également proche d’Alain Soral et de Dieudonné, comme le témoignage de Gamal Abina le suggère au sujet de « Monsieur K ». Les archives de presse et les sites consacrés à l’extrême-droite nous en disent plus sur le profil et le parcours de Nouari Khiari.

En 2005, Libération nous apprend que Nouari Khiari s’est rapproché du Front national dès 2002, s’enthousiasmant pour l’accession de Jean-Marie Le Pen au second tour des présidentielles. Il fréquentait déjà auparavant Farid Smahi – celui-là même qui introduira Alain Soral au FN en 2005 -, conseiller régional FN de 1998 à 2004, secrétaire départemental du parti et membre du comité central jusqu’en 2011. En 1996, ils fondent ensemble le Forum national des cercles Arabisme et Francité, qui servira de plateforme au FN pour tenter de percer dans les milieux arabes et musulmans. Un autre article de Libération relate que Farid Smahi et Nouari Khiari sont à l’origine de la visite médiatisée de Jean-Marie Le Pen à la dalle d’Argenteuil en avril 2007, ce que Nouari Khiari réfute dans un droit de réponse qui lui a été accordé, tandis que Libération précise qu’il s’attelait à rabattre les passants vers le président frontiste. À cheval entre les milieux islamistes et l’extrême-droite, « agitateur » selon la police, Nouari Khiari semble correspondre aux attentes du Front national dans son plan à la fois de séduction et de déstabilisation dans les banlieues. De toute évidence, la logique du Front national – qui sera aussi celle d’Alain Soral – est rentrée très tôt en conflit avec celle de Tariq Ramadan, lequel encourage les musulmans et les jeunes des cités à s’engager dans la société plutôt que de persister dans une posture victimaire et conflictuelle. Deux articles de REFLEXes (média antifasciste), « Allah va comme je te le pousse » et « Dieudonné par Le Pen repris », permettent de mieux cerner les rapports de force alors à l’œuvre au cœur de ces problématiques où se rencontrent extrémismes politique et religieux.

Dans l’état, il semble difficile de spéculer davantage sur un éventuel rôle d’Alain Soral dans le déroulement de l’affaire, d’autant que « Christelle », manifestement restée en bons termes avec Salim Laïbi, donne l’impression dans son témoignage accordé à Vanity Fair d’avoir voulu charger Alain Soral en faisant d’une pierre deux coups avec Tariq Ramadan. Le propre témoignage de Gamal Abina, comme celui-ci en est conscient, est conditionné par le degré de fiabilité que l’on peut accorder aux confidences que lui aurait faites Henda Ayari, elle dont le caractère manipulateur n’est semble-t-il pas à exclure. Pour donner le change, Alain Soral a souhaité afficher publiquement son soutien à Tariq Ramadan dans l’affaire en cours, chargeant à son tour Caroline Fourest – soutien de la part d’un « islamophobe » que les partisans de l’intellectuel musulman ont vertement rejeté. Si l’implication d’Alain Soral dans le dossier n’est pour autant pas à écarter, les seuls faits objectifs ici sont l’environnement conspirationniste dans lequel ont baigné les deux plaignantes Henda Ayari et « Christelle » : un environnement d’extrême-droite déchiré par des luttes intestines et hostile à Tariq Ramadan pour des raisons souvent concurrentes les unes des autres.

  • Conspiracy Watch, un décryptage sélectif

Nombre d’observateurs, y compris parmi les plus vigilants, n’ont semble-t-il pas relevé les aptitudes conspirationnistes de Henda Ayari. Conspiracy Watch (dirigé par Rudy Reichstadt, proche de Caroline Fourest) publie habituellement des décryptages fouillés et circonstanciés sur la complosphère, focalisant toutefois son attention sur les courants antisionistes et délaissant bien souvent les courants pro-sionistes qui ne sont pourtant pas moins ravageurs et prolifiques (Dreuz, Europe-Israël, Riposte laïque). L’interview réalisée avec Henda Ayari en février dernier est pour le moins stupéfiante, dès lors où Conspiracy Watch n’a manifestement pas enquêté sur son passé, se contentant de l’unique référence au « salafisme » (qui n’a pas non plus été vérifiée et a été démentie ultérieurement par la famille de la plaignante, selon l’avocat de la défense), et s’est donc retrouvé à participer à la mettre en scène et à lui accorder une forme de légitimité dans l’expertise du conspirationnisme. Il aurait au moins fallu que Conspiracy Watch s’interroge, sans même avoir à outrepasser ses propres choix éditoriaux, sur la nature des liens (probablement pas uniquement passifs) entretenus autrefois avec la Dissidence et les cercles soraliens. Cette précaution n’a pas été prise, le site dédié au décryptage du conspirationnisme s’est donc retrouvé à cautionner une initiative qui représentait pourtant pour lui un cas d’école. Vainement semble-t-il, puisque par la suite Henda Ayari s’est par exemple égarée à twitter un article des Observateurs.ch (site emblématique de la complosphère) et a accordé une interview à Riposte laïque. Sans parler de la traçabilité litigieuse d’autres de ses communications, comme ce visuel identifiant nazisme et islamisme, provenant précisément de Riposte laïque, d’Europe-Israël et de la Ligue de défense juive (trois sites d’extrême-droite pro-sionistes), cette infographie similaire émanant de L’union fait la force (extrême-droite « patriote ») ou encore cette photo maintes fois détournée par la fachosphère homophobe (là encore Riposte laïque, mais aussi Egalité & Réconciliation, Dreuz, etc, qui ont tous participé à la même chaîne virale).

  • Riposte laïque, un interlocuteur très révélateur

Ainsi l’interview accordée par Henda Ayari à Riposte laïque en mai dernier est elle aussi pour le moins stupéfiante. Ce site d’extrême-droite (dont la genèse a été évoquée plus haut dans cet article) est connu pour ses diatribes racistes et islamophobes, ses promotions du Front national, ses alliances avec les Identitaires, et se cache outrageusement derrière l’alibi « laïque », comme Caroline Fourest l’a elle-même démontré autrefois à juste titre. Cette dernière est notamment devenue l’ennemi jurée de ce groupuscule, ce qui ajoute au paradoxe de l’interview accordée par Henda Ayari, puisque la journaliste l’a soutenue et constitue pour elle une alliée. À la lecture de cet entretien complaisant, il semble cependant que la plaignante ait bien compris l’exercice de style et que, plutôt qu’un paradoxe, ce soit une connivence idéologique qu’il révèle. Riposte laïque, qui a mentionné l’affaire Tariq Ramadan dans une soixantaine d’articles, s’était d’abord montré méfiant à l’égard de Henda Ayari, avant de saisir la convergence de leurs discours au-delà des « malentendus ». Henda Ayari, qui s’était présentée jusqu’alors comme musulmane, semble ici prête à envisager l’apostat et surenchérit dans le registre attendu : haine, division, communautarisation, oppression des femmes, chantage à l’islamophobie, autant de tares supposées caractériser la religion musulmane à cause des tenants d’un « islam politique ». Lorsque Henda Ayari, réagissant à la méfiance initiale de Riposte laïque à son égard, estime qu’il faut préalablement « se renseigner et apprendre à connaître » son interlocuteur, encore aurait-il fallu qu’elle le fasse elle-même au sujet de cette plateforme sur laquelle elle s’est exprimée. Ce dont très certainement elle était consciente, puisqu’elle n’a jamais communiqué elle-même sur l’existence de cette interview au cadre éditorial litigieux.

  • Les Femen et Regard de Femmes

L’interview accordée à Riposte laïque nous apprend également que Henda Ayari compterait exclusivement parmi ses « soutiens féministes » celui des Femen et celui de Regard de Femmes. Cette information n’est pas de nature à contredire l’idée d’une orientation politique de la plaignante. En effet, Regard de Femmes est une association dirigée par Michèle Vianes, proche de Riposte laïque et qui avait elle-même participé aux Assises contre l’islamisation de l’Europe co-organisées avec le Bloc identitaire en 2010. De même, un livre paru en 2017, intitulé « Histoire d’une trahison », évoque l’intervention de Caroline Fourest au sein des Femen pour influer sur la ligne militante en écartant deux fondatrices historiques du mouvement, Sacha Shevchenko et Oxana Shachko (récemment décédée), au profit d’Inna Shevchenko devenue l’égérie des Femen France. L’autoritarisme et les sorties controversées de cette dernière, qui avait twitté en 2013 « qu’est-ce qui peut être plus stupide que le Ramadan ? qu’est-ce qui est plus moche que cette religion ? », ont finalement conduit la journaliste à prendre ses distances avec elle. La superposition de ces multiples strates n’est ainsi pas du meilleur effet pour Henda Ayari, surtout lorsqu’elle-même déplore et constate à juste titre l’absence de soutien de la part des mouvements féministes. Pour mieux comprendre sa difficulté à convaincre, ici comme sur d’autres plans, il convient de se pencher sur ses axes et choix de communication, tant à travers les médias que sur les réseaux sociaux.

  • Le procès d’intention fait aux féministes

Depuis la parution de son premier livre « J’ai choisi d’être libre », en 2016, Henda Ayari se plaint de ne pas recevoir le soutien d’organisations féministes. Répondant en juillet 2017 aux questions de Gilles-William Goldnadel sur RMC, elle se contente d’acquiescer, après une longue tirade sur le voile, lorsque son interlocuteur l’interroge sur « ces féministes qui sont féministes pour tout, mais qui sont extrêmement timides pour critiquer ça [l’islam « politique » et « oppresseur] ». Henda Ayari surenchérit en évoquant des féministes qui « choisissent des causes qui les arrangent » et « ferment les yeux sur d’autres causes qui finalement sont un peu gênantes ». Avec une telle entrée en matière et un discours virulent focalisé sur l’islam, il n’est pas étonnant que les organisations féministes, déjà confrontées à ce procès d’intention, se soient montrées prudentes sinon méfiantes à son égard. Depuis lors, c’est exactement la même ligne de communication que Henda Ayari développe invariablement lors de ses différentes interventions médiatiques et sur les réseaux sociaux. Ses prises de positions portent presque exclusivement sur des aspects polémiques liés à l’islam, donnant elle-même l’impression de « choisir les causes qui l’arrangent ».

  • Du « chantage à l’islamophobie » au chantage à l’islamisme

Il serait fastidieux de répertorier toutes les publications sur Twitter et Facebook où Henda Ayari dénigre l’islam et les musulmans, affirme à l’inverse dénoncer spécifiquement l’islamisme, et invoque pour se défendre un « chantage à l’islamophobie » qui serait exercé par les « islamo-gauchistes » et les islamistes. Elle semble également penser que recourir à l’alibi d’être musulmane (si on admet qu’elle l’est) peut lui permettre d’échapper aux critiques, sans se rendre compte qu’il s’agit là d’une autre forme de chantage, ouvertement de son fait. Si besoin, elle n’hésite pas non plus à se qualifier elle-même « d’islamistesophobe et jihadisteophobe » pour espérer convaincre, suggérant sans en avoir l’air que le terme « islamophobe » serait lui aussi un néologisme qui ne voudrait rien dire. Elle ne témoigne quasiment aucune empathie envers les musulmans quand ils sont victimes de racisme, mais accablent ces derniers de toute la charge antisémite perceptible en France. La faute serait selon elle celle des parents et de l’éducation antisémite qu’ils transmettent, ou bien du conflit israélo-palestinien qui servirait de prétexte pour exprimer la haine des juifs. Une « indignation à géométrie variable » et une « indignation sélective », dit-elle, soit le même reproche qu’elle adressait aux féministes qui « choisissent des causes qui les arrangent ». La question du voile bien sûr n’est pas épargnée, évoquant invariablement un « étendard politique », un « costume identitaire » ou un instrument d’oppression des femmes. Tous ces éléments constamment répétés en boucle s’accompagnent de l’injonction permanente adressée aux musulmans de dénoncer l’antisémitisme au risque de se voir suspecter d’être des islamistes.

  • Face au « chantage au FN », l’acte manqué identitaire

Mais le plus significatif ici reste le « chantage au FN » que Henda Ayari invoque lorsque des internautes s’inquiètent des dérives de son discours ou lui reprochent plus ouvertement une collusion idéologique. Le rapport qu’elle fait par exemple entre « racailles », djihadistes et nazis, ou lorsqu’elle écrit « quand ce n’est pas un djihadiste qui assassine, c’est la racaille qui agresse », est typique de l’outrance et de l’argumentaire du discours d’extrême-droite. Henda Ayari persiste et signe, notamment le 17 juillet, en se montrant capable de parler de « chantage au racisme, à l’islamophobie et au FN », d’affirmer que « l’on peut dénoncer les racailles sans être pro-FN », et retwitter dans la foulée Damien Rieu qui se réjouit que l’on aurait « a priori réussi à nettoyer l’équipe de France de ses racailles et qu’il y a désormais urgence à faire pareil dans tout le pays ». S’il est besoin de le préciser, Damien Rieu est une figure montante de l’extrême-droite, lié à la fois au Front national, à Génération Identitaire et au site Fdesouche.

« Après le chantage à l’islamophobie voila le chantage au FN!Je dis une vérité flagrante,je ne vais pas la taire parce qu’un parti politique auquel je n’adhère pas dit la même chose!Je trouve inadmissible ce chantage au FN victimaire!On peut dénoncer les racailles sans être proFN ! »
https://twitter.com/Henda_Ayari/status/1019134776647864320

« C’est justement à cause de ce chantage au racisme à l’islamophobie et au FN que beaucoup de gens n’osent pas dénoncer le comportement de la racaille qui pourrit la vie de beaucoup de gens !Voilà pourquoi ils en profitent parce qu’il y a trop de laxisme et pas assez de fermeté! »
https://twitter.com/Henda_Ayari/status/1019136524632412161

« Retweeted Damien Rieu (@DamienRieu):
Ils ont a priori réussi à nettoyer l’@equipedefrance de ses racailles.
Il y a désormais urgence à faire pareil dans tout le pays comme le montre les très nombreux pillages et agressions d’hier.
Quelque chose me dit que ce sera beaucoup plus difficile. »
https://www.facebook.com/hindi.ayari/posts/10217039831053766
https://twitter.com/DamienRieu/status/1019274783685423104

C’est ce que l’on appelle typiquement un acte manqué, si l’on considère que cela n’a pas été intentionnel. Pour autant, ces dérapages, qui manifestement n’en sont pas, tout comme ces multiples acrobaties pour se rattraper après chaque nouvelle sortie polémique, ne prouvent aucun lien direct ou exclusif avec une quelconque organisation d’extrême-droite. Bien au contraire, Henda Ayari semble être quelqu’un de constamment en roue libre et de parfaitement incontrôlable. En revanche, son discours alimente clairement et délibérément une atmosphère délétère autour des questions liées à l’islam, qui précisément fait le lit de l’extrême-droite.

Un rôle éventuel du Front national ?

Avec deux anciens « hommes de main » du Front national cités dans le dossier (Alain Soral et potentiellement Nouari Khiari) et l’une des plaignantes administratrice d’un site de soutien à la candidate du parti aux dernières présidentielles (« Christelle »), la question se pose de savoir si le FN a pu jouer un rôle dans l’affaire Tariq Ramadan. Rien, dans les éléments connus à ce jour, ne permet de spéculer à ce sujet. A minima, il est pourtant possible d’envisager que le parti frontiste disposait des moyens humains et des canaux d’information suffisants pour se faire un avis sur le fond de l’affaire, de même que probablement Debout la France puisque la même plaignante était candidate sur l’une de ses listes aux législatives de 2012. Ce qui permettrait d’expliquer, là aussi a minima, le silence de ces deux partis au sujet de l’affaire Tariq Ramadan.

  • David Rachline, à la croisée des chemins

Parmi les personnes ressources dont disposerait le Front national pour se faire un avis sur le fond de l’affaire, un nom se démarque des autres : celui de David Rachline. L’actuel maire de Fréjus est susceptible d’avoir connu directement ou indirectement plusieurs des protagonistes cités dans l’affaire Tariq Ramadan. Street Press révèle ainsi que David Rachline a fréquenté Alain Soral à partir de 2007 et a fait partie d’Egalité & Réconciliation. Le webmagazine rapporte également qu’il connaissait déjà Farim Smahi, lequel a introduit Alain Soral au FN en 2005 et a fait le lien entre le parti et Nouari Khiari (le potentiel « Monsieur K »). Plus encore, David Rachline aurait assisté aux premières réunions entre Farim Smahi et Alain Soral effectuées dans le cadre d’Arabisme et Francité dont Nouari Khiari fut membre fondateur et secrétaire. Tout cela ne prouve rien, sinon que David Rachline, parmi d’autres très certainement, peut avoir été dépositaire d’indiscrétions ou est tout simplement capable d’évaluer la crédibilité et la fiabilité de certains protagonistes. Mais par-dessus tout, David Rachline a été le directeur de campagne de Marine Le Pen lors des présidentielles de 2017, son cabinet à Fréjus a communiqué au sujet d’un compte Twitter intitulé « Femmes avec Marine », il ne pouvait donc ignorer l’existence du site internet Les Femmes avec Marine, lequel était administré par « Christelle » ou dont le nom de domaine appartenait tout au moins à celle-ci.

  • Les Femmes avec Marine, initiative personnelle ou officielle ?

La difficulté consiste ici à savoir si le site internet Les Femmes avec Marine a consisté en une initiative personnelle de « Christelle » (création de site et/ou de nom de domaine) ou s’il s’est agi d’un élément de la campagne officielle de Marine Le Pen. L’article du Muslim Post mentionné plus haut n’en dit rien et les recherches sur internet n’aboutissent qu’à des résultats incomplets. La première mention à un compte Twitter intitulé « Femmes avec Marine » (https://twitter.com/FemmesMarine) remonte au 17 janvier 2017, de la part de Brigitte Lancine, adjointe au maire de Fréjus. Ce compte, aujourd’hui suspendu, est ainsi décrit sur Twitter Tracking : « Femmes avec Marine | @FemmesMarine | Les Femmes @Avec_Marine | Compte citoyen de soutien pour l’élection de @MLP_Officiel à la #Présidentielle2017 ». Pour des raisons inconnues, ce compte Twitter, présenté comme une initiative citoyenne et ensuite validée par le cabinet de campagne, a donc été suspendu, comme l’ont été également la plupart des comptes liés à Paule-Emma Aline (« Christelle »). Cette dernière a créé le site / nom de domaine Les Femmes avec Marine le 27 mars 2017, soit plus de deux mois après le compte officiel créé sur Twitter et le jour d’arrivée en France de la politicienne russe Maria Katasonova qui venait de lancer le mouvement « Les Femmes avec Marine » (Huffington Post). Malgré la suspension survenue plus tard de ces différents comptes Twitter, il existe des traces de celui officiel « Femmes avec Marine » (@FemmesMarine) et de celui de « Femme Française » créé en 2016 par « Christelle » (https://www.twitter.com/FemmePatrioteFR – @FemmePatrioteFR ; archivé par Twitter Tracking parmi les abonnés du compte officiel de la Ville de Fréjus). Parmi les occurrences où se trouvent associés les identifiants @FemmesMarine et @FemmePatrioteFR, un tweet émanant du Front national du Haut-Rhin apparaît comme étant le plus significatif, dès lors qu’il s’agissait d’un comité de soutien officiel à Marine Le Pen. De même, Jean-Patrick Fillet, délégué départemental du FN en Vendée, communique sur Twitter au sujet de Femme Française qu’il présente comme le « 1er magazine féminin en Bleu Marine » auprès d’autres cadres frontistes.

  • Le silence problématique du Front national

Malgré ces quelques éléments concordants, les traces sur internet restent très rares et il est difficile de savoir si le site Les Femmes avec Marine a réellement existé au-delà d’une simple adresse de redirection vers le site de Femme Française et si cette initiative était liée à la campagne officielle de Marine Le Pen. Seul le Front national, David Rachline en particulier, peut répondre à cette question et savoir également si « Christelle » a été membre du parti – ce que cette dernière réfute. Quoi qu’il en soit, il semblerait difficile de considérer que le FN ait pu ignorer l’utilisation d’un nom de domaine qui aurait détourné le but de sa campagne officielle au profit d’un site concurrent (Femme Française donc), à moins d’avoir considéré celui-ci comme partenaire, et ne pas chercher à résoudre un telle situation litigieuse. Dès lors, il suffisait de consulter les registres d’internet et d’entrer en contact avec l’administratrice du site pour exiger des explications de sa part. De là, toute recherche d’information à son sujet aurait conduit tôt ou tard à Debout la France ou à Alain Soral, de par les réseaux et canaux de communication d’un microcosme politique qui offre ces facilités. Ce qui relevait du bon sens lors des présidentielles ne pouvait exiger autre chose qu’un sens politique aigu lorsque, quelques mois plus tard, l’intellectuel emblématique de l’UOIF tant décrié par le FN s’est retrouvé accusé de viol par deux premières plaignantes – dont « Christelle ».

Si le Front national devait affirmer n’avoir rien su, il faudra alors se demander comment l’un de ses pires ennemis – Tariq Ramadan – n’a pas reçu la moindre de ses attentions en dix mois depuis le début de l’affaire, alors même que celui-ci était en position vulnérable, ce qu’ont manifestement compris tous ses autres détracteurs. Et ce, alors que des rumeurs sur les mœurs adultères de Tariq Ramadan circulaient déjà depuis 2014, relayées notamment par Salim Laïbi encore à l’époque membre de la Dissidence et proche d’Alain Soral. Salim Laïbi avait également apporté certaines précisions : d’abord qu’il avait été auparavant approché par trois femmes (parmi lesquelles, nous le savons aujourd’hui, « Christelle » et Henda Ayari) ; ensuite, dans un style tout aussi complotiste que prémonitoire – puisqu’une une affaire en justice a fini par advenir -, que « le plus naïf d’entre-nous n’ignore pas que les services secrets utilisent prioritairement les femmes et les histoires de coucheries pour manipuler certaines cibles ». Ce qui bien sûr est de nature à relancer les spéculations sur l’éventail des adversaires de Tariq Ramadan qui auraient eu un intérêt à voir tomber ce dernier, et par là-même l’idée d’un « complot ».

CONCLUSION : Une situation explosive à désamorcer

Pourtant, de « complot », sous-entendu structuré, concerté et planifié, il n’y en a probablement eu aucun. En revanche, une accumulation de circonstances auxquelles se se seraient mêlées des tentatives récentes ou passées visant à faire tomber Tariq Ramadan – dans le désordre le plus général, comme cela a transparu -, cela n’est pas seulement probable, c’est ce qui explique l’implacable instrumentalisation politique de cette affaire, qui a vu tous les détracteurs de l’intellectuel – à l’exception du Front national – se manifester et tirer la couverture à eux. Une fois considéré cela, en réalité ce n’est pas ce qui importe. Ce qui importe, ce sont tous les ravages qu’a engendrés cette instrumentalisation politique. Ainsi, les musulmans se sont vus une nouvelle fois pointer du doigt, sommer de se désolidariser d’un crime dont on ne sait encore rien, pas même s’il est établi – et à ce jour il ne l’a toujours pas été -, et dont de toutes façons ils ne seraient comptables en rien, alors même qu’on met en cause leur foi et leur religion et qu’on les suspecte eux-mêmes d’être complaisants sinon complices.

Nul ne ne sait si l’affaire en cours, laquelle n’en est qu’au stade de l’information judiciaire, aboutira à un procès en cour d’assises. Mais ce que l’on sait, c’est qu’il y a déjà eu un procès politique et médiatique, non seulement de l’accusé, mais aussi de l’ensemble des musulmans et pas seulement des « islamistes » (que ceux qui prétendent les combattre s’avèrent manifestement incapables d’identifier). Les propres plaignantes dans l’affaire pénale – Henda Ayari et « Christelle » – ont elles-mêmes participé activement à ce procès. Qu’elles aient été victimes ou non d’un crime de viol – c’est ce que la justice doit encore établir -, elles se sont ainsi retrouvées accusatrices dans ce procès politique et médiatique également. Elles sont pourtant loin de porter à elles seules cette lourde responsabilité. Cette charge est largement partagée, à commencer par les détracteurs de Tariq Ramadan, mais aussi une majeure partie de la presse, et ensuite une partie de l’opinion qui a certes été mal informée, sinon informée d’une manière sélective et orientée, et s’est départie de tout esprit critique et a cédé à ses propres passions.

  • La logique du bouc émissaire, signe d’un basculement de société

S’il faut le dire, tout cela renvoie à la question de la désignation d’un bouc émissaire dans une société, société dont l’état est révélé notamment par le fonctionnement de la presse qui joue ou non son rôle démocratique. Celui-ci consiste en le respect d’un pluralisme et en l’équilibre ou le rapport de force entre différents partis pris. Cela devient gênant sinon inquiétant lorsqu’un seul parti pris s’affirme, au point même de s’imposer brutalement, ce qu’a révélé l’affaire Tariq Ramadan, même si cette affaire ne résume pas à elle seule les enjeux de notre société. Lorsqu’un homme présumé innocent en droit se retrouve préjugé coupable de fait, cela pose déjà problème. Cela pose surtout problème lorsqu’il était présumé coupable avant même le début de l’affaire, et pour certains avant même le commencement de la moindre rumeur. Un bouc émissaire est forcément coupable, qu’il le fut ou non réellement pour ce dont on l’accusait.

Au chantage à l’islamophobie souvent évoqué dans cette affaire ont répondu, avec beaucoup plus d’efficacité et de relais dans le débat public, le chantage à l’islamo-gauchisme, mais aussi celui à l’antisémitisme. Cela devient ainsi extrêmement périlleux lorsqu’on en vient à mettre en concurrence des minorités vulnérables et des racismes qui, au-delà des postures observées dans chaque camp, sont non seulement avérés mais en progression. La société française est-elle pour autant devenue raciste ? Non, mais elle traverse actuellement toutes les étapes d’un éventuel basculement : banalisation et sophistication des idées et de l’argumentaire de l’extrême-droite, progression de cette dernière sur le plan électoral, effondrement des clivages politiques, basculement des discours, résurgence de groupuscules d’inspiration néo-fascistes ou assimilés, progression des racismes précédemment mentionnés parmi d’autres encore, etc.

  • Une question non pas de « double audition » mais de surdité

Pour en revenir à l’affaire Tariq Ramadan elle-même, les dix premiers mois écoulés ont démontré que les préoccupations des partisans de l’accusé auraient mérité d’être écoutées, au lieu d’être dénigrées et caricaturées, même si les intéressés ont eux-mêmes prêté le flanc à cela et ont leur propre part de responsabilité et leurs propres torts. Mais sur la dénonciation d’une instrumentalisation politique et d’un traitement médiatique uniformément partisan, il aurait fallu accepter d’entendre cette critique beaucoup plus tôt. Quant à un « complot », on l’a vu, à moins d’un coup de théâtre dans l’affaire, les ravages de la curée puis du lynchage politiques existants sont suffisamment lourds pour ne pas avoir à en imaginer d’autres.

Plus concrètement, aujourd’hui, ce sont les préoccupations exprimées au sujet de l’état de santé de l’accusé et d’un éventuel acharnement judiciaire, qui méritent de ne pas être méprisées. Affirmer cela ne remet pas en cause l’autorité de la justice ni même le principe de sa compétence. Toutefois, les alertes exprimées par l’avocat et l’entourage de l’accusé interpellent vivement : la santé de Tariq Ramadan, atteint de sclérose en plaque et placé en détention provisoire, se serait dramatiquement dégradée en l’absence d’un accompagnement médical adapté. La justice, pour sa part, estime que le dispositif existe et que les conditions sont réunies pour poursuivre la détention. De même, les motivations invariablement invoquées depuis six mois pour justifier cette détention interrogent désormais forcément un observateur extérieur au regard des éléments connus à ce jour du volet judiciaire et du volet politique. Les juges sont réputés les plus au fait du dossier et les plus à même de prendre les décisions qui s’imposent. Il vaut mieux le croire et l’espérer, car s’il advenait que ce ne fut pas le cas ici, les conséquences se révéleraient désastreuses : d’un point de vue sanitaire pour l’accusé, moral pour notre société, et forcément social et politique au regard des défis et des tensions auxquels nous faisons déjà face.

Pour finir, il convient de se rappeler d’une vidéo enregistrée par Tariq Ramadan au mois de novembre dernier et rendue publique seulement quatre mois plus tard. Probablement cette vidéo aurait mérité d’être connue beaucoup plus tôt et le discours de Tariq Ramadan entendu, à quelque moment que ce soit. L’intellectuel y apparaît très lucide sur les enjeux et la portée générale de l’affaire, réfutant pour lui-même et décourageant pour ses partisans toute tentation complotiste, telle qu’on a voulu la lui prêter. Bien évidemment, ses détracteurs ont invoqué ici un « double discours », ce à quoi il avait lui-même l’habitude de leur répondre qu’ils avaient quant à eux une « double audition ». Or, dans l’affaire en cours, il fallait de toute évidence entendre et respecter la parole des plaignantes, comme il aurait fallu également le faire s’agissant de l’accusé.

Ne pas entendre cela, ce n’est pas être doté d’une double audition. C’est tout simplement ne rien entendre. Ou plutôt refuser d’entendre, de dire et de voir, et porter une lourde responsabilité face à l’Histoire.

Mathieu Vernerey


LIENS ANNEXES

Affaire Tariq Ramadan : de l’art de la battue (16/03/18)
https://mathieuvernerey.wordpress.com/2018/03/16/affaire-tariq-ramadan-de-lart-de-la-battue/

Affaire Tariq Ramadan : la battue se poursuit (20/04/18)
https://mathieuvernerey.wordpress.com/2018/04/20/affaire-tariq-ramadan-la-battue-se-poursuit/

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2 commentaires

  1. mathieuvernerey · août 22

    Le mode de communication de la première plaignante sur les réseaux sociaux s’avère très révélateur. Régulièrement, Henda Ayari affirme une chose tout en démontrant l’inverse par ses tweets ou ses partages Facebook. Ainsi a-t-elle affirmé dernièrement (11 août) ne pas tenir un discours anti-musulman et partagé aussitôt une interview qu’elle venait d’accorder à un blog d’extrême-droite intitulé « À droite fièrement », lequel blog renvoie notamment vers Causeur, La gauche m’a tuer, Riposte laïque et une vingtaine d’autres sites réactionnaires et/ou islamophobes.

    Cette forme d’acte manqué avait déjà été relevé dans le présent article, lorsque, le 17 juillet, la plaignante, reprenant le vocable d’extrême-droite et dénonçant un « chantage au racisme, à l’islamophobie et au FN », avait retweeté dans la foulée Damien Rieu, affilié à la fois au FN, à Génération Identitaire et au site Fdesouche.

    Depuis le mois de février, ce sont en tout une dizaine de comptes Twitter d’extrême-droite (individuels ou officiels) et une vingtaine d’autres marqués très à droite ou ouvertement islamophobes que Henda Ayari a partagé sur ses comptes Twitter et Facebook (plus de soixante partages en six mois). Sans compter son interview accordée à Riposte laïque, la traçabilité d’autres de ses tweets via la fachosphère et ses propres communications litigieuses sur les réseaux sociaux.

    MV

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  2. mathieuvernerey · Il y a 5 jours

    Au fil de ces derniers mois, la plaignante Henda Ayari a multiplié les références d’extrême-droite et les provocations islamophobes sur les réseaux sociaux. Dernier partage en date, celui de Actu17, relai de la fachosphère sous couvert de défendre la condition policière.

    De nouveau, les « racailles », le « terrorisme » et « l’islamisme » composent le tiercé gagnant de Henda Ayari pour stigmatiser les musulmans et s’émouvoir d’un « racisme anti-blanc ». Elle relaye ici un article de Actu17 qui fait la promotion de Damien Rieu (Génération Identitaire, Front national, Fdesouche) qu’elle-même avait déjà valorisé auparavant.

    Si l’on sait que « Christelle », la seconde plaignante dans l’affaire Tariq Ramadan, est une militante d’extrême-droite qui avance à visage dissimulé, Henda Ayari persiste et signe ici en se comportant elle-même comme une sympathisante.

    MV

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